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Lettre ouverte au Capitaine Marleau

mercredi 22 janvier 2020

Youh youh, chère Marleau.

Vous êtes un flic comme on aimerait en rencontrer ailleurs que sur un écran de télé, quitte à en rencontrer, puisque nous sommes dans une société où on est obligé d’en croiser à chaque coin de rue, et même à chaque coin de couloir. Un flic qui cite Ravachol et fulmine contre les « tortues ninja » matraqueuses de zadistes. Un flic comme il n’en existe pas dans la « vraie vie », avec ou sans chapka. Le flic anarchiste qui aide à occulter le flic cogneur d’anarchistes qui, malgré son allure plus répandue, serait selon nos ministres et éditocrates la brebis galeuse qu’on ne devrait pas pointer du doigt pour ternir l’image de toute la profession. Rejoignant pour les soirées canapé d’autres flics sympas tels le rond Magellan facilement grinçant envers les requins faiseurs de fric ou cette Candice Renoir si sensible aux soucis des pauvres gens et tellement attendrissante avec ses amours foutraques et sa famille perturbée, vous êtes le flic « humain », qui doit faire passer dans le public l’image de flics qui le sont nettement moins. Flic « humain », très « humain », trop « humain » pour être crédible. Mais dont le « look », tellement caricatural qu’il en devient hilarant et agréable à gober trouve évidemment une audience à la mesure de son irréalité.

C’est donc à vous que je m’adresse pour vous suggérer d’ouvrir votre grande gueule autrement que pour nous gaver d’une fiction totalement mensongère. Arrêtez de faire semblant de mettre les pieds dans le plat, et mettez les vraiment dans celui, nauséabond, que tant de gens doivent avaler tous les jours.

Dites-le, que vos « collègues » sont loin d’être ces braves dévoués à la défense de La république mais plutôt le bras armé d’une oligarchie qui n’est que la dernière clique des défenseurs d’un capitalisme aussi acharné et puant que malade. Dites-le qu’ils sont les chiens envoyés sur les foules révoltées pour mordre et faire peur. Le comble du cynisme chez ceux qui les lancent sur cette tâche consistant, quand le boulot est fait de manière un peu trop visiblement sanglante (Merde ! On est filmés !), à invoquer une « déontologie » qui n’est que le masque « démocrate » d’une violence institutionnelle, et à leur reprocher d’être de trop zélés castagneurs.

Et, si vous connaissez parmi ces « collègues » quelques-uns auxquels le rôle de broyeur de révoltes poserait quelques « états d’âme », quelques-uns qui auraient encore en eux un peu de cette humanité qu’on ne cesse de nous vanter spectaculairement, dites-leur qu’il serait grand temps qu’ils cessent de faire le sale boulot pour des saigneurs qui se foutent d’eux autant qu’ils les utilisent.

Salut, ma poule !

Gédicus,
20 janvier 2020.