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Ça vole bas !

mercredi 6 août 2014

Chronique sur la Radio Alternantes le 3 novembre 2000 alors que le projet ne connaissait encore que peu d’opposition.

Aujourd’hui, je vais glisser un couac dans le cantique entonné allègrement par tous ceux qui applaudissent à la nouvelle que l’État vient d’annoncer à cette région : son accord pour la création d’un aéroport à Notre-Dame des Landes.

Les avions, c’est bruyant, ça pollue et c’est dangereux, et pas seulement à Taïwan. Les Nantais en ont marre de les voir passer au dessus de leur tête. On va donc arranger ça. Au lieu d’un aéroport à proximité de la ville au sud, on va construire un aéroport... à proximité de la ville à l’ouest. Les avions survoleront la ville dans un autre axe. Ça va tout changer.

Un aéroport près d’une ville, dans une zone très peuplée, c’est dangereux. On l’a constaté au moment du crash du Concorde. On va donc mettre ce nouvel aéroport... près d’une ville dans une zone très peuplée.

L’aéroport actuel représente un danger potentiel pour un collège situé à proximité, nous dit un journaliste. On va donc construire le nouvel aéroport dans une zone à proximité de laquelle se trouvent... un collège et plusieurs écoles.

Le gens qui vivent dans ce coin l’ont choisi comme zone calme et verdoyante "où il fait bon vivre" comme le disaient les agents immobiliers qui les y invitaient. D’autres sont agriculteurs de père en fils, installés là depuis longtemps. Tous aiment cette campagne pour ce qu’elle est. Tous risquaient de ne pas voir d’un très bon oeil l’installation d’un aéroport international à leurs portes. On a donc laissé longtemps planer le doute sur ce qu’on leur préparait en coulisses et maintenant on va tricher un peu en les informant. On va minimiser les nuisances qu‘ils risquent de subir. Les gens s’affolent si vite et c’est si mauvais pour l’économie quand ils s’affolent. Ça freine tellement la sacro-sainte rentabilité financière quand ils s’avisent de vouloir contrôler -ne serai-ce qu’un peu- ce qu’on décide pour eux. Il vaut mieux qu’ils mangent du poison, écoutent le chant des styrènes, respirent de l’amiante, se baignent dans le fuel et se fassent défoncer les tympans ou prennent des avions sur la gueule, pourvu que le business marche. Et puis, s’ils veulent qu’on leur accorde la faveur de les employer, il ne faut pas qu’ils gênent en voulant se mêler de ce qui les regarde. On ne va donc pas les y encourager en leur disant ce qui les attend et qu’il vaut mieux qu’ils découvrent le plus tard possible, comme un steak de vache folle digéré.

Mais, comme il faut tout de même préserver les apparences de la prétendue « démocratie » régnante, on va leur demander leur avis, après avoir décidé à leur place, pour être sûr que cet avis n’ait aucune incidence sur ce que l’on veut faire. Cela s’appelle une enquête d’utilité publique et ça a l’avantage de faire croire à ce crédule « public » qu’on s’intéresse à son opinion, tout en permettant de la négliger totalement puisque c’est uniquement "consultatif" et que, même si 99% des consultés se prononcent contre, rien n’oblige à les écouter.

Dans un courrier à un journal régional une dame lucide déclarait récemment à propos de ce projet d’aéroport : « Je suis révoltée de voir que des intérêts politico-économiques passent avant tout bon sens ». Elle a raison, la dame. On constate une fois de plus à l’œuvre ici le copieux mépris des « décideurs » pour ceux dont les vies sont affectées et infectées par leurs coups de poker.

Elle a raison, la dame, d’être révoltée.

 la prochaine, si Astaroth le veut bien.

Gédicus