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Réponse à un diplomate du "mouvement social"

vendredi 19 septembre 2014

Nous connaissons désormais l’antisocialisme primaire (…) Inquiétante dérive d’une nébuleuse « ultragauche » qui entend ranger de manière absolue et définitive le PS dans le camp des ennemis à abattre (…) Je trouve néanmoins ces pratiques non seulement condamnables au plan des principes, mais dangereuses par le climat de sectarisme haineux qu’elles répandent et l’aveuglement politique qu’elles traduisent (…) Pour mettre en échec les politiques libérales, la gauche radicale ne suffira pas (…) Les milliers de militants socialistes honnêtement à gauche ne seront jamais de trop dans ces combats (…) Enfin, il fut une période où la lutte contre les méthodes staliniennes dans le mouvement ouvrier faisait partie des principes.
Claude Carrey, Rubrique « Courrier » de Politis, N° 779, 11 décembre 2003.

Alors, comme ça, c’est « stalinien » de balancer des tomates sur les prétendus socialistes quand ils viennent jouer les souteneurs d’un « autre monde possible » ? Ça gâcherait les chances de rassemblement pour « mettre en échec les politiques libérales » ? Ceux qui ont déjà entendu la chanson en 1981 apprécieront. Ceux qui, après avoir « laissé du temps » aux démagogues qui leur avaient promis de « changer la vie » se sont vus couillonnés et maltraités à un point qu’ils n’avaient pu imaginer, trouveront sans doute amusant de réentendre sur un autre air les arguments qui, alors, les avaient rendus conciliants. Et, peut être, cela marchera t’il de nouveau avec quelques jeunes en maternelle de critique sociale auxquels ces truands rejouent du luth de classe.

Moi, je ne suis pas étonné que quelques uns des floués d’hier aient de la mémoire et considèrent comme des ennemis ceux qui se sont comportés comme tels. Je ne suis pas étonné que les grugés, les licenciés, les expulsés, les insultés, les matraqués d’hier ressentent quelque colère contre la « gôche » qui leur a fait ça et qu’ils expriment cette colère contre la plus emblématique de ses composantes quand elle vient, comme si elle était vierge de toute saloperie, tenter de les arnaquer une nouvelle fois. Je trouve même cette colère assez peu méchante en fait, si on la mesure à l’aulne des misères et des douleurs que ceux qui la suscitent ont causées.

Et je ne vois rien là qui menace la possibilité de mettre en œuvre une politique de rupture avec la domination capitaliste. Je crois au contraire que la mise en œuvre d’une telle politique de rupture requiert l’exercice d’une certaine lucidité sur ceux qui prétendent y contribuer pour mieux la saboter de l’intérieur une fois de plus. Le « mouvement ouvrier » auquel tu te réfères, Carrey, a précisément été défait par les diverses cinquièmes colonnes de ses prétendus « représentants », principalement stalinauds et « socialistes ». Il ne me semble pas utile que le mouvement social qui recommence à vouloir changer le monde fasse preuve de la même mansuétude à l’égard de ses nouveaux fossoyeurs potentiels (dont les prétendus socialistes ne sont que les plus évidents).Et s’il se trouve des gens encore assez niais pour se croire « honnêtement à gauche » en militant au PS, il vaudrait mieux qu’ils s’habituent à aimer les tomates.*

Gédicus, 13 décembre 2003.

Cette lettre a été adressée à Politis qui ne l’a pas publiée.

*On a vu depuis combien le retour des socialistes au pouvoir a effectivement permis de « mettre en échec les politiques libérales » ! Et il y a toujours assez peu de tomates qui volent.