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Permettez !

vendredi 19 septembre 2014

Je lis dans Silence N° 329 l’article sur Henri-David Thoreau et vois qu’on y fait, une fois de plus, de ce courageux désobéissant le fondateur de la « résistance non violente à l’injustice ».

C’est l’embrigader un peu vite dans une interprétation réductrice de ce que fut son combat. C’est gommer de son engagement la lucidité qu’il avait sur le nécessaire usage de la force dans la lutte contre l’injustice. Thoreau n’était pas un adepte du comportement martyr qui consiste à se laisser battre par son ennemi sous prétexte de ne pas user contre lui de « violence ».

« Je n’ai envie ni de tuer ni de me faire tuer, mais je peux imaginer que le temps viendra où l’un ou l’autre seront inévitables » écrit-il dans son Plaidoyer pour John Brown où il prend la ferme défense de cet anti-esclavagiste ayant combattu les esclavagistes « les armes à la main ». Fustigeant les politiciens anti-esclavagistes foireux qui désavouaient John Brown pour ce qu’ils appelaient sa « violence », il écrit : « Il me semble que pour une fois les fusils Sharpe et les revolvers ont servi une bonne cause » et affirme : « Tout homme a le droit absolu d’intervenir par la force contre le propriétaire d’esclaves afin de sauver l’esclave ». On est loin, là, du « pacifisme » chétif dans lequel on enferme régulièrement Thoreau.

En fait, pour Thoreau, « La question n’est pas de savoir quelle arme on utilise mais dans quel esprit on s’en sert ». Il ne confondait pas, lui, comme le font déplorablement nombre de « contestataires » actuels, force et violence. Sa lucidité sur ce point aussi mériterait bien d’être un peu plus méditée.

Gédicus,
Le 9 novembre 2005.

Cette lettre a été adressée à Silence qui ne l’a pas publiée.