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Pride ?

vendredi 19 septembre 2014

Mesdames et messieurs les bavards silencieux,*

Permettez que je vous propose, pour votre rubrique courrier, une considération qui me vient à la lecture d’une information de votre dernier numéro (335). J’espère que vous comprendrez que ce n’est pas une critique de votre travail mais une réflexion.

Je lis dans Silence N° 335 l’annonce d’une Veggie pride à Paris, fête de la fierté végétarienne. Et je me demande quand nous aurons une « pride » des porteurs de bottes et une autre, rivale, de ceux qui marchent pieds nus, une « pride » des barbus et une autre, rivale, des glabres, etc.

Ça peut sembler sans importance. Après tout, pourquoi pas, si ça leur fait plaisir.
Mais ça m’incite à cette réflexion : tous ces particularismes mis en avant comme des entités exclusives me semblent plus aliénants que libérateurs ; toutes ces catégories censées exalter l’humanité de ceux qui se rangent sous leurs bannières me semblent plutôt les y enfermer, les cadenasser dans une « communauté » qui imaginant mal de se mêler aux autres devient une barrière à l’alliance des humains pour vivre mieux.

Moi, j’ai vécu trente ans dans la mouvante évolution d’une tribu où les particularismes en tous genres faisaient bon ménage ; où nous étions heureux d’être ensemble bien que Paul soit pénible avec son amour immodéré des steaks et Lucette chiante avec son goût pour le tofu, bien qu’il soit parfois dommage qu’Isabelle se veuille absolument lesbienne, Charles exclusivement homo et Bob lourdement hétéro. J’y pardonnais à Patrick de me souffler dans le nez la fumée de sa clope parce ce qu’il disait en même temps était fort juste et très beau ; je n’en voulais pas à Fred d’être bien plus « mûr » que le raisin qu’il avait picolé, car je savais qu’il ne perdait pas pour autant son cœur gros comme ça sur sa main tendue, et j’excusais l’engouement de Lise pour le bouddhisme car sa main sur ma nuque me faisait le plus grand bien.

Je porte des bottes et j’adore aussi marcher pieds nus. J’aime les steaks et la bouffe végétarienne. Je ne vois qu’une « pride » à laquelle me joindre : celle des humains pas cons qui se croient capables de vivre avec d’autres, pourvu qu’ils ne soient ni menteurs, ni méchants, ni salauds.

Salut,

Gédicus,
1er mai 2006.

*Cette lettre fut la dernière adressée à la revue Silence dont j’appréciai bon nombre d’articles tout en étant critique de quelques uns. Devant le mutisme répondant aux différentes lettres que j’avais envoyées je dus constater que Silence portait bien son nom.