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Post Scriptum

vendredi 19 septembre 2014

Michel Onfray dit souvent des choses intelligentes.* Il lui arrive aussi de dire des conneries. Ce fut le cas dans son article de Siné Hebdo N° 71 qui se concluait ainsi : « Je souscris à cette belle idée que, quand on n’aime pas vraiment les flics, on traverse dans les passages cloutés pour n’avoir pas affaire à eux ». Remarque plutôt contradictoire de l’ensemble des articles de ce journal qui démontraient justement qu’aujourd’hui même le bon « citoyen » qui s’efforce de traverser dans les clous n’est pas à l’abri d’une « bavure ».

Siné Hebdo est un journal sympathique. On ne peut que remercier le venimeux sarkozyste Philippe Val d’avoir fait chier Siné et provoqué chez lui cette réaction qui nous donne un journal reprenant au mieux le flambeau d’un Charlie Hebdo dont l’esprit corrosif était depuis longtemps éteint. Bien sûr, il arrive aussi qu’on y lise des conneries (Á part celle de Michel Onfray, je me souviens au moins d’un article mou et niais au possible d’un mec de la bande à Attac). Mais c’est loin d’être ce qui domine. Et les dessins, magnifiquement méchants, compensent largement la mièvrerie de certains textes que ce rassemblement hétéroclite et consensuel produit.

Mais Siné Hebdo est comme presque tous les « médias » : il protège ses stars ; celles qui lui assurent de l’audimat. Pas question donc de publier dans le courrier des lecteurs une lettre qui, étant « de lecteur », ne risquait pas d’« engager » la rédaction, mais qui aurait pu tout de même déplaire à Michel Onfray.
Ce n’est pas grave. Cette lettre fera son chemin autrement. La voici :

"Je souscris à cette belle idée que, quand on n’aime vraiment pas les flics, on traverse dans les passages cloutés pour n’avoir pas affaire à eux" écrit Michel Onfray dans le dernier Siné hebdo (N° 71).

Poussons cette logique un peu plus avant : Quand on n’aime pas les flics, on évite de les déranger lorsqu’ils s’activent : On regarde ailleurs quand ils maltraitent quelqu’un ; quand ils humilient ; quand ils tabassent un basané ; quand ils "bavent". On ne s’en mêle surtout pas.

Quand on n’aime pas les flics, on s’efforce de ne pas les "provoquer" : on ne discute pas, on ne manifeste pas, on ne fait pas grève. On évite même toute attitude qui pourrait les exciter : On ne met pas de casquette à l’envers, on porte cravate, on ne se promène pas avec dans la poche un journal "mal vu" ou un tract "contestataire", et on rase le bitume si on est bronzé.

Disons le carrément : Quand on n’aime pas les flics, on reste planqué chez soi (c’est la meilleure manière de ne pas louper les passages cloutés) au lieu de traîner dans les rues qui rendent si facilement délinquant ! Quand on n’aime pas les flics, on s’écrase devant eux pour ne pas l’être par eux.

C’est une attitude qui, en effet, a quelque chose qui fait penser à La Boétie, cher à Michel Onfray, mais non pas en ce que celui-ci osait, plutôt en ce qu’il dénonçait : la servitude volontaire.

Gédicus, Janvier 2010.

*Je devais être de bonne humeur pour commencer sur cette affirmation, car Onfray avait déjà, à cette époque, donné dans pas mal de délires justifiant largement le Onfray mieux de se taire par lequel de sympathiques anarchistes avaient souffleté sa prose. Depuis, s’étant installé dans le rôle du déboulonneur d’idoles qui ne souffre pas d’être lui aussi déboulonné, ce Béchamel "libertaire" a largement fait la preuve que ses pirouettes arrivistes méritent qu’on oublie qu’il a pu être, autrefois, un peu moins con.